Espoir

Le Temps passe et nous use
A l’avance, on s’harasse
Quand les gosses s’amusent
On s’érode, on se tasse
Et nos yeux se refusent
A regarder la glace,
en face.

Par la force des choses
Sous les coups, sur l’enclume
La vie n’est pas si rose,
On s’encrasse, on s’enfume
Chaque jour nous expose
Et chaque homme s’enrhume,
s’inhume.

Quand vient un souvenir.
Une histoire, une brève,
Jamais rien pour ternir
Un éclat, une trêve
En chaque être un sourire
Pour chaque âme une grève
un rêve.

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Foule

On voit des colosses avec les yeux fermés
Parce qu’ils ont peur de voir, ils s’écrasent et se tuent
Peur de voir où ils sont, peur de voir qu’ils sont nus
Et peur d’être certains de ne plus retourner.

On voit des coquilles, creuses noix maquillées
Parce qu’on leur a dit d’être ce qu’elles n’ont pas été
Parce qu’elles se sont vendues pour ce masque endetté
Sur fonds de vérité, déjà vidé, pillé.

On en voit qui implosent, sous le poids de leurs maux
Qui éclairent un instant, puis qui s’écrasent au sol
On les voit aux infos, on les voit à l’école
Et quelques charognards collectent les morceaux.

Et on voit des géants qui restent dans leur lit
Pendant que les petits s’essayent à l’arrogance
Qu’il leur semble important de dire ce qu’on pense
Si bien qu’on en oublie de penser ce qu’on dit.

On ne voit pas ces gens, restant hors de nos yeux
Dans l’ombre de nos feux, laissons leur cette chance
S’ils veulent être cachés, au fond, quelle importance?
Ce sont peut-être ceux qui sont les plus heureux.

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A Vous qui Lisez

Bonjour ! Ou peut-être bonsoir, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il peut être pour vous,

    J’ai beaucoup pensé à vous ces temps-ci, et c’est la raison pour laquelle je vous écris. Je me suis demandé qui vous pouviez bien être, et pourquoi vous lisiez ces lignes.

    Je ne crois pas que l’on vous ait forcé, après tout… Mais si c’est le cas et que mes mots vous ennuient, je vous en conjure, pardonnez-moi pour la gêne occasionnée, et arrêtez de me lire ! Surtout si un professeur vous a ordonné cette lecture (on ne sait jamais), longtemps après ma mort. Il n’y aurait pas pire chose pour moi que de savoir qu’une jeune âme pourrait me haïr à travers le temps et l’espace pour avoir chassé de son esprit une rêverie fantasque de liberté ou d’érotisme et d’y avoir imposé les divagations tardives d’un vieux coincé en mal d’inspiration.

   Cependant, je vous l’ai déjà dit, je doute que l’on vous ait forcé, et d’autant plus maintenant que vous atteignez le quatrième paragraphe, sachant que le précédent vous exhortait d’interrompre cette lecture si vous aviez meilleure chose à faire. Vous pouvez aussi lire ce texte parce que je suis toujours vivant, et que vous m’aimez bien. Dans ce cas je vous remercie de votre attention, mais je ne prends pas le risque de vous renvoyer votre affection, car il est possible qu’elle ne soit pas réciproque.

    Au-delà de ces deux première raisons peu plausibles, je crois que la principale raison pour laquelle vous lisez ce texte (car vous le lisez, soyez en sûr(e), je le sais), est que vous n’avez rien de mieux à faire. Et n’allez surtout pas entendre là que je m’en offusque ! Je pense que le monde, et particulièrement ma piètre littérature, doit beaucoup à l’ennui. Car, mon cher ami/ennemi/connaissance/inconnu, ne pensez-vous pas que sans ce sentiment négatif qui nous envahit lorsque nous n’avons rien de spécial à faire de nos mains et de notre tête, nous ne ferions justement rien de celles-ci ? Sans l’ennui, vous n’auriez jamais lu ce texte, car je ne l’aurais jamais écrit. Ce qui peut-être assez paradoxal, compte tenu de l’ennui qu’il vous procure en retour.

   Je sens que vous commencez à vous poser une question. Vous vous demandez ce que peut bien être ce texte qui se déroule sous vous yeux. Et bien sachez que pendant cet instant intemporel ou celui-ci se déroule sous ma plume, je ne le sais pas moi-même. Ce pourrait-être un essai sur l’ennui, ce pourrait être l’introduction d’un roman ou d’un recueil… Mais je crois surtout qu’il s’agit d’une lettre qui vous est adressée, à vous qui prenez le temps de la lire, la joue posée sur votre main, devant  votre écran, ou bien dans une bibliothèque, ou bien chez un ami, ou un ennemi, au travail, à la plage, à la piscine, dans les égouts … Ou mieux encore : dans les toilettes.

     Être lu un jour sur les toilettes serait un immense honneur pour moi, car il faudrait pour cela que quelqu’un ait trouvé ce texte assez bon, drôle ou emmerdant pour le déposer à côté du trône où siègent tour à tour, dans l’ennui et la solitude, ses invités plus ou moins distingués. Si c’est le cas, eh bien, j’ai du mal à cacher mon euphorie entre les lignes ! J’espère ne pas trop vous déconcentrer dans cette lourde tâche quotidienne qu’est l’épanchement de nos besoins naturels. Je tiens d’ailleurs à avertir maintenant les hommes qui ne seraient pas assis qu’il serait mal avisé de ne pas garder un œil sur leur objectif en lisant ce texte. Il n’y a pas d’acrobates aux toilettes.

     Dans le cas où vous désireriez vous faire une image de votre interlocuteur à sens unique (dans le cas contraire, je vous autorise à sauter ce paragraphe), imaginez-donc un grand jeune homme aux cheveux bruns en bataille, écrivant au stylo sur un bloc-notes à petits carreaux avec un sourire en coin, imaginant soudainement quelques dizaines d’hommes et de femmes de 6 à 96 ans cherchant à se faire une image de lui sur leurs toilettes.

     En tous cas, si vous êtes bel et bien sur le trône et que vous lisez encore ce texte, vous avez très certainement un problème de digestion. En espérant que vous ne trouviez pas ça trop indiscret, je vous encourage de tout cœur. Mais peut-être avez-vous déjà fini votre affaire et que ce texte vous retient car il ne vous ennuie pas tant que ça, et vous m’en voyez très flatté. Pensez alors à transmettre mes amitiés sincères, et posthumes peut-être, à votre hôte qui a aimablement déposé cet écrit dans ses petits coins.

     Et à ceux qui ne sont définitivement pas en train de faire leur besoins, et qui se seraient sentis délaissés par les derniers paragraphes, envisagez l’idée de déposer ce texte dans vos propres toilettes ! Ainsi, vous aiderez sans doute vos invités à se sentir moins seuls durant ces long instants obligés par dame nature, et peut-être même recevrez-vous mes compliments sincères après leur passage.

     Il est d’usage de laisser une formule de politesse à la fin d’une lettre, je vais donc me permettre une originalité dont je me passe volontiers lorsque j’écris quelque chose de plus solennel :

     En espérant que vous ne vous ennuyiez pas plus qu’avant cette lecture, et priant pour que vous ayez à votre disposition assez de papier pour ne pas donner à mon texte une utilité peu avouable, salutations,

Anaël.

Post-scriptum : Mes excuses si vous êtes manchot et que vous vous êtes senti discriminé au paragraphe 6, c’était tout à fait involontaire.

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Arrêt de Bus

     Normalement, je devrais y voir des humains ; pourvus d’un bon sens bien réparti, de valeurs et de défauts divers… Mais j’ai beau me concentrer, je ne vois que des cons.

     Il y a le jeune con, qui sort d’une supérette avec une canette de boisson énergisante quelconque. Tous les jours. Déjà qu’il est pas fichu de se rendre compte que c’est ça qui fait sortir son bide au dessus de son survêtement, il pourrait au moins avoir la présence d’esprit d’en acheter un paquet de six par semaine plutôt que de m’imposer le spectacle quotidien de la naissance d’une nouvelle étoile dans la myriade de chewing-gums du bitume. J’espère que la caféine le rend plus vif et intelligent pour une heure, car le sucre le rend plus flasque et mou chaque jour.

    Mais il y a une jeune conne aussi. Celle-là, elle n’a pas vu le ciel depuis environ 1 an, ce qui correspond étrangement à la date d’acquisition de son nouvel Iphone. Il fait office d’appareil photo, de vie sociale et de loisirs, mais certainement pas de cerveau. Elle ne regarde plus autour d’elle, elle ne prend plus le temps de penser, elle a presque peur de ses rêveries… Et pendant qu’elle change de fond d’écran, y’a un vrai paysage autour d’elle.

     Y’a une congestion de cons conducteurs, qui se traitent de cons mutuellement, parce qu’ils s’empêchent de conduire. Un con contribuable grommelle après une conne contractuelle qui lui met une contravention parce qu’il a mal fait son créneau. Et ça pense compétence, comptabilité, quantité d’heures passées jusqu’aux congés payés…

     Et puis y’a la vieille conne. Elle est partout. Vous la connaissez, non ? Celle qui marche lentement et qui empêche la main d’œuvre de passer. Celle qu’on sait pas ce qu’elle fout là. Celle qu’on se demande ce qu’elle fait dehors à ce moment précis alors qu’elle a toute la journée pour faire ce qu’elle a faire. C’te pauvre vieille qui pourrait au moins avoir la décence de nous laisser tranquille.

     Y’a un épicier qui se met un doigt dans le nez au dessus de l’étal, une mère de famille avec trois téléphones,  au moins autant de gosses et qui gueule encore plus fort qu’eux, un gosse qui veut une Redbull aussi, une fille qui veut un Iphone aussi, un vieux qu’a perdu ses lunettes, un bébé qui chiale… Et moi.

     Moi, qui n’ai rien de mieux à faire que me plaindre aussi.

     Au-delà de devenir blasé, je crois vraiment que je deviens français.

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Ce qui fut

Je me souviens de lui
Comme tu t’en souviens
J’appréciais sa présence
Et si courtes soient-elles
Déplorais ses absences
Il te trouvait si belle
Plus encor chaque jour
Et en son cœur biensûr
C’était toi pour toujours

Mais ma douce, ma belle
Au delà de ta peine
Celui que tu appelles
Il n’est plus là,
Sois-en certaine.

Car je ne le vois plus
Au reflet du miroir
Ni au fond de tes yeux
Peut-être est-il parti
Peut-être est-il perdu
Et sans doute à jamais
Fuyant tel l’horizon
Celui que tu aimais
Ne porte plus mon nom

Et ma douce, ma jolie
Ce qui fut est perdu
Ne pars pas après lui
Il ne reviendra pas,
Ce moi, que je ne connais plus.

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Butane

Et encore un qu’a pris la porte
Tu le sais, c’est de ta faute
Tu t’es blasée de l’escorte
Et ça change quoi, celui qui t’saute?
Tu bois une bière, tu rotes,
De toute façon tu t’en fous
Que tu sois vivante ou morte
Tu s’ras toujours seule dans ton trou

Devant le micro-ondes de ton micro-monde
Tu planes
ça sent comme le butane..

Avec des planqués des artistes
T’as fait du sexe sans plaisir
Quand on y pense, c’est aussi triste
Que de l’amour sans les sourires
Et tes souvenirs se résument
A des silences, y’a comme un vide
Une mémoire déjà posthume
En voyant ton visage livide

Devant le micro-ondes de ton micro-monde
Tu planes
ça sent comme le butane..

Ca fait déjà belle lurette
Que tu survis de la sorte
Le moral dans les chaussettes
La fierté dans la culotte
Le temps d’un dernier reflet
Tu t’allume une cigarette
Et sans espoir ni regret
Tu laisse tomber l’allumette

Devant le micro-ondes de ton micro-monde
Tu planes
ça sent comme le butane..

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Souvenirs

La poussière y tombait bien plus vite qu’ailleurs
Entre mes doigts d’enfant s’échappaient des bonheurs,
Quand je souffle dessus, sous un épais nuage
Je revois les couleurs de mes jeunes images.

Il était un ruisseau sous un vieux pont de pierre
Aux fondements rongés par un épais lierre,
Petit moi effrayé qu’un jour il ne s’écroule
Et me laisse sombrer dans l’eau noire qui roule…

Il était des carreaux d’où je voyais le monde
Comme un océan vert, mille lieues à la ronde,
Petit moi qui déplore au milieu des feuillages
Un cable électrique coupant le paysage.

Il était ces coussins dont je faisais des murs
Pour bâtir des chateaux aux toits de couvertures,
Petit moi bien caché dans le gris protecteur
Songe d’une journée, au dessus de mes peurs.

Il était un village où je vivais encore
Dont j’arpentais les rues, au matin dès l’aurore,
Petit moi attristé de n’avoir assez d’or
Pour croquer un ou deux colliers multicolores.

Il était des hivers d’un blanc comme l’hermine
Des soleils rutilants qui brûlaient la rétine,
Petit moi ébahi, maintenant a vieilli
Ne voit qu’un horizon moins intense aujourd’hui.

Il était ces endroits où je vivais enfant
Tableaux décolorés, balayés par le temps,
Petit moi a grandi, se souvient de ces jours
Une partie de lui y vivra pour toujours.

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Innocents

Enlacés dans la boue, a n’en puisse défaire
On eut dit deux amants dans le brouillard de guerre.
Se serrant de leurs bras, regard contre regard
Seul le sang faisait tâche en ce dernier espoir.

Une épée dans le cœur, et pour l’autre un épieu
Sans s’être jamais vus, tout deux nés à des lieues,
Ils sont morts enlacés, morts les yeux dans les yeux
Et ce qu’ils y ont vu reste à jamais entre eux.

Sans doute de la peur, de l’incompréhension
Peut-être de l’espoir vers un monde meilleur
Et entre deux vaincus, un peu de compassion
Rompant la solitude au milieu de l’horreur.

Pour le reste du monde ils étaient ennemis
Ils avaient voyagé pour s’entretuer ici,
Quand ils les séparèrent pour gésir au pays,
J’y vis deux innocents, par la mort réunis.

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Fant’asme

Tu me retiens et me dis “pars”
Tu me repousses et me dis “reste”
Dis ma jolie comment savoir
Si tu me testes ou me détestes?

Je suis un passager dans tes désirs
Juste un grain de sable, une envie
Mais bien là, au delà de ton empire
Tu as fait de moi ton défi.

Je suis une lumière à l’horizon
Loin de tes bras, là ou tombe la mer
Mais bien là, au delà de ta raison
Tu as fait de moi ton mystère

Et je me sens serpent, biblique
Tu me donnes une langue bifide
Un nom comme un poison, perfide
Dans ton bon sens et dans ton sang
Je me répands, toxique.

Puis je me sens géant, magique
Je reçois des ailes éclatantes
Une bénédiction, puissante
Je deviens grand, intelligent
Un bel amant-gélique.

Tu me retiens et me dis “pars”
Tu me repousses et me dis “reste”
Dis ma jolie comment savoir
Si tu me testes ou me détestes?

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A Toi

On s’est rencontrés il y a 2 semaines maintenant, et depuis tu ne me quittes plus. Tu hantes mes jours et mes nuits, tu m’empêches de manger, tu m’empêches de dormir…
Je ne pense plus qu’à toi, j’en rêve même! Et quand j’ouvre les yeux, tu es toujours là. Tu possèdes mon corps, ma raison, peut-être mon coeur même, bientôt…
Tu me rends fou, Putain de Douleur.
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